À l’amie perdue, 1896· IX L’acceptation
VI. « Quand l’hiver sur le pôle a clos sa longue nuit »
Quand l’hiver sur le pôle a clos sa longue nuit,Tout semble à jamais mort ; un linceul ténébreuxÀ recouvert le monde insensible et détruit,Sous le déroulement de ses plis monstrueux ;
La lumière d’un globe inanimé reluitSur un chaos blafard de sépulcres neigeux,Et seuls les craquements des glaces font un bruitFunèbre dans les airs lourds et silencieux.
Mais, par degrés, le ciel reprend un peu d’aurore,Cette aurore indécise et pâle se colore,Et, sous le glissement des molles avalanches,
Éclatent, tout à coup, comme un clair météore,Des bouleaux tout joyeux de redresser leurs branches,Et des lits azurés et riants de pervenches.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources