À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XX. « C’était un petit bois sur un coteau moyen »
C’était un petit bois sur un coteau moyen,Bien-aimée, où tu mis tes deux bras à mon cou ;Mais le Printemps d’hier l’avait déjà fait sien,Et comme s’il avait fait glisser un verrou,
Feuilles, oiseaux et fleurs que plus rien ne retient,S’étaient précipités d’un pêle-mêle fou,Et s’étaient emparés du tronc le plus ancien,Excités par les cris allègres du coucou.
Les arbres s’embrouillaient dans le vert écheveauDe bourgeons, qui pendait en tremblant à leurs cimes ;Et sous ces frondaisons, trois fois, nous entendîmes
Une voix s’écrier dans le vent embaumé :« Qu’ils aiment aujourd’hui ceux qui n’ont pas aimé,Et ceux qui ont aimé qu’ils aiment de nouveau ! »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources