À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XIX. « Parfois les mots ardents, jaillissant à flots clairs »
Parfois les mots ardents, jaillissant à flots clairs,De mon cœur débordant retombent en cascades,Comme celles auprès desquelles les DryadesReposent leurs corps blancs sous les ombrages verts,
En rêvant aux baisers qui font frémir les chairs,Lorsque, dans les grands bois, les bruns Sylvains nomades,Bondissant tout à coup hors de leurs embuscades,Les saisissent, saisis par leurs beaux bras ouverts.
Et parfois les aveux expirent sur la bergeDe mon âme plus chaste et plus douce et plus pureQue la source sacrée à l’épaisse ramure
Où, sous le tremblement religieux d’un cierge,Laissant les oraisons flotter comme un murmure,Les vierges aux doux yeux viennent prier la Vierge.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources