À l’amie perdue, 1896· VI Devant les vagues grises
II. « Voici que dans les yeux brillent encor des pleurs »
Voici que dans les yeux brillent encor des pleurs,Dans tes yeux bleus rêveurs et qui sont tout mon rêve ;Hélas ! ma bien-aimée, un ange armé d’un glaiveQui dans nos cœurs blessés enfonce ses lueurs,
Veille et nous interdit le jardin des Bonheurs ;Et si jamais, un jour, notre attente s’achève,Nous n’y pénétrerons, ô mélancolique Ève,Qu’avec des fronts marqués de nos longues pâleurs.
Les ombrages tremblants des saules et des charmes,Un feuillage craintif et toujours plein d’alarmes,Par la plainte du vent tristement effleuré,
Ce sont là les bosquets de notre amour navré !Et pourtant voudrais-tu ne pas verser ces larmes ?Ont-ils connu l’amour ceux qui n’ont point pleuré ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources