À l’amie perdue, 1896· VII Le sacrifice
XVIII. « Comment t’ai-je laissée aller, ô bien-aimée »
Comment t’ai-je laissée aller, ô bien-aimée !Quel chemin, quel sentier as-tu pris pour t’enfuir ?Il fait noir, la mer bat la falaise embrumée,La planche du moulin est glissante à franchir,
La route est peu sûre où la hutte déchauméeParmi les minerais de fer semble bondirComme un squelette affreux ! N’es-tu pas alarmée ?Une ombre, un cri d’oiseau te faisaient tressaillir.
Tu dois être glacée et tremblante d’effroi !N’entends-tu pas ? Reviens ! Reviens ! Appelle-moi !Je suis là ! Je suis près, bien-aimée, et j’accours !…
Sur les chemins obscurs mes vains appels tournoient ;Tout se tait ; seuls des chiens, dans de lointaines cours,Effarés par ces cris désespérés, aboient.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources