À l’amie perdue, 1896· V Les rêveries
I. « Depuis les premiers mots timides et tremblants »
Depuis les premiers mots timides et tremblants,Et les chastes aveux approuvés des étoiles,Jusqu’aux mots éperdus que la Beauté sans voilesFait jaillir mélangés à des baisers brûlants,
Des soupçons désolés aux pardons accablants,La langue de l’Amour, tumultueuse et triste,Est infinie ; on est un immortel artistePour en avoir rendu la grâce ou les élans.
Nul poète à lui seul ne la possède entière,Tendre, mélancolique, âpre, farouche, fière,Des aveux alanguis faits pour durer toujours
Aux paroles de feu brèves et bondissantes,Du soupir caressant des passions naissantesAu grand cri de douleur qui clôt tous les amours.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources