À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
VI. « Doux air mélancolique et suave qui passes »
Doux air mélancolique et suave qui passesEn lambeaux déchirés épars dans ces grands vents,A leurs rugissements monstrueux tu t’enlaces,Et glisses dans leur voix tes soupirs décevants ;
Car à peine on saisit, dans leur fureur, les tracesDe tes frêles fragments, éplorés ou fervents,Et ta pauvre douceur, mêlée à leurs menaces,Fuit à peine entendue en leurs torrents mouvants.
Et pourtant elle est plus que la tempête énormeQui l’a prise en chemin, la disperse et l’enlève,Car elle donne une âme à sa clameur informe,
Elle en fait la détresse où se débat un rêve ;Et cet accent humain qu’il emporte transformeEn chagrin l’ouragan qui hurle sur la grève.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources