À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
VII. « Le grand cerf pourchassé dans les plaines de neige »
Le grand cerf pourchassé dans les plaines de neigeFuit, bondit par élans désespérés, laissantSur l’immense blancheur les taches de son sang,Que suivent les limiers dont la clameur l’assiège.
Haletant, il débouche, après un long manègeSur un fleuve gelé, où son sabot glissantNe peut mordre et trahit chaque bond impuissant ;Sur ce champ sans obstacle il est pris comme au piège.
Il entend approcher les aboiements des chiens,Il meurtrit ses genoux, se relève, retombe,Et voici que la meute accourt comme une trombe.
Il revoit ses amours sous les chênes anciens,Il sent les premiers crocs s’enfoncer dans ses chairs,Et meurt, les yeux levés vers les deux froids et clairs.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources