À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XL. « Et l’amant dit : « L’amour de mon cœur est si fort »
Et l’amant dit : « L’amour de mon cœur est si fortQue le hibou pourrait becqueter mille enclumes,La mer bâtir des caps du sel de ses écumes.Sans que de jours pareils il ressente l’effort ;
L’antique bûcheron qui passe sera mort.Et les ans, aigle fier, auront blanchi tes plumes,Et les peuples auront oublié leurs coutumes,Que ces temps lui seront l’instant qu’un enfant dort.
Les races franchiront leurs phases successives,Les époques auront déplacé les climats,Les siècles épuisé leurs lentes tentatives,
Et le monde mouvant aura touché les rivesDont l’espoir des penseurs entrevoit les éclats,Sans que le Temps le lasse, ou qu’il cède au Trépas. »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources