À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XLI. « Le moucheron lui dit : « De quoi te vantes-tu »
Le moucheron lui dit : « De quoi te vantes-tu ?Ton amour saurait-il durer plus que toi-même ?Et tu sais que ta vie, en sa limite extrêmeS’étend de l’aube au soir, et du grain au fétu.
Que deviennent les nids quand l’arbre est abattu ?Quand le luth est brisé, que devient le poème ?Que devient le reflet quand meurt le chrysanthème ?Que devient la chanson quand le chanteur s’est tu ?
Ton amour comme toi n’est qu’une chose brève ;Quand le rêveur expire, expire aussi le rêve,Près du guerrier tombé tombe le javelot.
Que viens-tu nous parler d’amour impérissableQuand ta vie est croulante ainsi qu’un tas de sableQu’efface un coup de vent et que recouvre un flot ? »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources