À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XLII. « Et l’homme s’écria : « C’est une injuste loi »
Et l’homme s’écria : « C’est une injuste loi !O rêves surhumains, n’est-il donc pas de myrrheQui puisse vous garder à jamais, quand expireLe pauvre cœur humain qui vous portait en soi ?
Je saurais accepter le néant sans effroi,Si ma mort ne devait, en m’écrasant, détruireUne adorable image au doux et cher sourire,Et que de longs pensers ont embellie en moi.
Si tout périt en nous, pourquoi dans notre argileCet amour si puissant qu’il remplirait le ciel ?Et qui donc a versé d’une main malhabile
Un vin trop précieux dans un vase fragile,Et placé dans un cœur qui n’est pas éternelUn sentiment qui meurt dès qu’il se croit mortel ? »
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources