À l’amie perdue, 1896· IX L’acceptation
XIII. « Et lorsqu’à mes rameaux moins touffus et moins verts »
Et lorsqu’à mes rameaux moins touffus et moins verts,Après l’hiver plus long, au printemps plus avare,Le feuillage viendra plus tardif et plus rare,Jetant moins d’ombre au sol, laissant mieux voir les airs,
Lorsque je sentirai mon trône, où meurt la force,Se recouvrir de mousse, et que les derniers nids,Ne trouvant plus d’abri dans mes bras dégarnis,Descendront dans les trous profonds de mon écorce,
Lorsque plus près de moi viendra croître le blé,Et qu’aux efforts des vents tremblera ma racineDont mon branchage à peine aurait jadis tremblé,
Alors, vieil arbre triste et que le temps incline,J’aurai le souvenir d’avoir, pendant un jour,Abrité le divin ramier de ton amour.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources