À l’amie perdue, 1896· IX L’acceptation
XII. « Je vieillirai pareil aux chênes du pays »
Je vieillirai pareil aux chênes du pays,Qui croissent isolés, chacun sur sa colline ;Non loin d’eux un blé rare, un pied chétif de buis,Dans le sol caillouteux et durci s’enracine.
Leurs troncs battus des vents, sous un ciel souvent gris,Las et toujours courbés dans l’azur ou la bruine,Ont l’air de voyageurs par l’orage assaillis ;Leur apparition solitaire domine
La plaine verdissante ou jaunâtre de grains,Va parfois l’un d’entre eux, dans sa morne attitude,Offre un point de repère aux regards des marins.
Sur mon coteau désert m’attend la solitude ;Heureux si quelquefois, ainsi que les vieux chênes,Je puis servir de guide à des barques lointaines.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources