À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
XX. « Faut-il que ma douleur aussi soit égoïste »
Faut-il que ma douleur aussi soit égoïste ?Faut-il que par instants je tressaille surprisDe trop souffrir pour moi ? — Dans quelle pose triste,Près de quelle fenêtre ouvrant sur des flots gris,
Au fond desquels un peu de lumière résisteAu noir déchirement de ses derniers débris,Songes-tu, cependant que ton regard assisteÀ cette mort du jour dans les cieux défleuris ?
Quel livre de chagrin et d’angoisse soufferteTient sa page la plus désespérée ouverteSous tes yeux pleins de pleurs, entre tes doigts tremblants ?
Sous quels grands arbres nus traînes-tu tes pas lents ?Sur quel banc laisses-tu tomber ton corps inerte ?Dans quel miroir vois-tu tes premiers cheveux blancs ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources