À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
XIX. « Heureux les morts, heureux les cadavres paisibles »
Heureux les morts, heureux les cadavres paisibles,Lentement emmenés dans un chariot noirVers les profonds logis de glaise inaccessiblesAux flots tumultueux de chagrin et d’espoir !
À travers tous les temps ils seront impassibles,Ayant tout oublié, ne voulant plus rien voir ;Et la terre, craquant de tremblements horribles,Pourra les remuer mais non les émouvoir.
Surtout ils sont guéris des passions humaines,Leurs cœurs sont arrêtés, leurs moelles refroidies,Le pendule est brisé des amours et des haines,
Éteints à tout jamais les cruels incendiesQui dévoraient leurs os, et leurs sens apaisésNe tourmenteront plus leurs corps décomposés.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources