À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
XVIII. « Mon front est soucieux et mes tempes blanchissent »
Mon front est soucieux et mes tempes blanchissent,Je marche mon chemin d’un pas moins assuré,Mes yeux, toujours pensifs, à présent réfléchissentDevant ce qu’autrefois ils auraient admiré ;
Plus d’un coin de mon cœur demeure inhabité,Et la mélancolie a pris dans mon sourireLa place qu’autrefois y tenait la gaîté,Quelque chose de moi chaque jour se retire.
L’habitude de vivre a soustrait de leur forceAux fêtes du cerveau comme aux chagrins du cœurLe mystère du monde a perdu sa terreur,
Pour en frémir encore il faut que je m’efforce ;L’arbre sent s’épaissir et durcir son écorce,Et pénétrer en lui le cercle de torpeur.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources