À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XXIX. « J’ai, dès les premiers jours, deviné que ta vie »
J’ai, dès les premiers jours, deviné que ta vieLoin des bonheurs humains dans son chagrin s’exile,Où rarement un jour moins assombri convieQuelque joie indécise ou quelque espoir débile.
C’est pourquoi, te sachant des Tristesses suivie,Je veux que mon amour soit le mur et l’asileOù leur menace meurt, où leur flèche dévie ;Je veux que mon amour soit le baume et soit l’huile.
O colombe longtemps sous l’ombre du malheur,Je veux soigner, panser et protéger ton cœur,Et le guérir si bien, qu’à la fin je le force
De pardonner au sort et d’être confiant :Je veux, t’enveloppant de tendresse et de force,Faire de mon amour un bienfait patient.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources