À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XXX. « Orgueilleuse ! tu veux pour toi-même être aimée »
Orgueilleuse ! tu veux pour toi-même être aimée ;Tu repousses, dis-tu, la pitié de l’Amour,Tu la ressentirais comme un bienfait trop lourdQui blesserait ton âme aussitôt refermée ;
Ta hautaine fierté, promptement alarmée,Veut l’amour qui chérit, non celui qui secourt ;Et craint de recevoir sans donner en retour,Dans régale union par ton cœur réclamée.
Pourtant, c’est la Pitié qui vers toi m’a conduit ;Plus tôt que ta beauté j’ai senti ta tristesse,Et ma compassion précéda ma tendresse ;
Je te plaignis d’abord, je fus plus tard séduit.Et je vis que tes yeux étaient pleins de douleurAvant d’apercevoir leur charme et leur douceur.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources