À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
I. « J’aimais les clairs soleils s’échappant de l’aurore »
J’aimais les clairs soleils s’échappant de l’aurore,Et les jeux du Printemps sur les flancs des coteaux,Quand tout rit et fleurit, que chaque arbuste arboreDes clartés de bourgeons dans des chansons d’oiseaux ;
J’aimais les bourgs bruyants où la lumière doreLes visages rieurs qui lèvent les rideaux ;Mais, depuis qu’un regret incessant me dévore,Quand les ombres au ciel s’amassent en monceaux,
Je n’ai plus de plaisir qu’à fréquenter les boisOù le feuillage meurt dans les halliers sans voix,Qu’à marcher sur le bord de l’étang solitaire
D’où les oiseaux s’en vont vers des pays moins froids,Et qu’à m’asseoir au pied de quelque tertre austère,Quand un reste de jour blanchit encor la terre.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources