À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XLVIII. « Quand je songe qu’un jour, sous des faces ridées »
Quand je songe qu’un jour, sous des faces ridées,Nous serons deux vieillards à l’âme obscure et lente,Marchant à pas tremblants, parlant à voix tremblante.Cherchant de rares mois pour de rares idées.
Quand je vois que l’amour, qui hors de nous rayonneQui nourrit nos regards, éclaire nos sourires,Et ravit nos esprits en surhumains déliresOù le sang comme un vin ensoleillé bouillonne,
Ne sera plus qu’un point tout au fond de notre être,Où la faible mémoire en tâtonnant pénètre,La dernière étincelle en nos corps presque éteints,
Je pense à ces Anciens qu’une mort volontaireRestituait entiers et libres à la terre,Dédaigneux de l’effort des ans et des destins.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources