À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
VII. « « Où es-tu ? » disait-elle, errant sur un rivage »
« Où es-tu ? » disait-elle, errant sur un rivageOù des saules trempaient leurs feuillages tremblants :Et des larmes d’argent coulaient dans ses doigts blancs,Quand elle s’arrêtait, les mains sur son visage.
Et lui, errant aussi sur un sable sauvageOù des joncs exhalaient de longs soupirs dolents,Sous la mort du soleil, au bord des flots sanglants,S’écriait : « Où es-tu ? », tordant ses mains de rage.
Les échos qui portaient leurs appels douloureuxSe rencontraient en l’air, et les mêlaient entre euxEn une plainte unique à la fois grave et tendre ;
Mais eux, que séparait un seul pli de terrain,Plus désespérément se cherchèrent en vain,Sans jamais s’entrevoir et sans jamais s’entendre.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources