À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XXIV. « Le parc noircit ; au bout de l’immense avenue »
Le parc noircit ; au bout de l’immense avenueExpire dans le ciel la dernière jonquille ;La source qui jaillit de son urne moussueBrille encor, mais les fleurs rentrent dans la charmille.
Une poussière d’or dans l’étang s’éparpille ;Sur le bord indécis se tient une statue,Une nymphe timide et blanche, à demi-nue,Car jusqu’à sa ceinture un rosier s’entortille ;
On dirait qu’elle attend que les ombres soient closesPour laisser à ses pieds tremblants couler sa robeDont elle tient encor les plis brodés de roses,
Abu de n’avancer jusqu’aux eaux merveilleusesQu’à l’instant où la nuit sûrement la dérobeAux regards des Sylvains guettant sous les yeuses.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources