À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
XV. « Le vieil aveugle assis sur le bord de la route »
Le vieil aveugle assis sur le bord de la route,La main du même geste inutile tendue,Répétait la chanson que personne n’écoute,Et je faillis passer sans l’avoir entendue.
Mais un mot m’arrêta ; c’était une chansonD’un cœur des temps jadis, maintenant en poussière,Où ton nom revenait constamment comme un sonDe pieuse, pudique et profonde prière.
Un instant j’écoutai, puis je vidai ma bourseDans la main du vieillard, en lui disant la causeAfin qu’en son esprit ténébreux, où la source
Des lumineux rayons à jamais sera close,Ton nom soit le bienfait suprême, la bonté,Et ce qui peut le mieux remplacer la clarté.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources