À l’amie perdue, 1896· VIII Le deuil
XVI. « Parfois dans un vieux cœur d’où le souvenir fuit »
Parfois dans un vieux cœur d’où le souvenir fuit,Plus pauvre, chaque jour, de toutes les penséesQui s’éloignent de lui, par troupes empresséesDe l’abandonner seul au vide et à la nuit,
S’entend encor, lointain et faible, un joyeux bruit ;Quelques émotions de ses amours passéesChantent soudain parmi ses chambres délaissées,Dans l’obscure stupeur qui se répand en lui ;
Pareilles à l’horloge épuisée et qui sonneFaiblement les coups lents de ses dernières heures,Dans un manoir désert par l’exil ou la mort ;
Sur les perrons disjoints croîtra la belladone.L’eau suintera verdâtre au bord des chantepleures,Le dernier son du Temps dans les couloirs s’endort.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources