À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XVI. « Mon cœur était un marbre en une ronceraie »
Mon cœur était un marbre en une ronceraie,Dans un sentier banal aux yeux de tous placé,Où le hasard sans cesse écrivait à la craieQuelque nom par la pluie aussitôt effacé.
Mais l’Amour, arrachant les ronces et l’ivraie,Les jeta dans les airs d’un geste courroucé,Et sculpta lentement, d’une main ferme et vraieUn nom profondément et pour toujours fixé.
Puis il mit tout autour un grillage de fer,Aux quatre coins duquel il dressa des statuesAu corps de marbre blanc, mais d’airain revêtues :
Ce sont le Souvenir, l’Espoir, le Pardon fier,Le Dévoûment, debout comme des sentinellesGardant contre le Temps des choses éternelles.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources