À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XVII. « Ta bouche, si longtemps rebelle à mon amour »
Ta bouche, si longtemps rebelle à mon amour,Recevait mon baiser sans vouloir me le rendre,Et, ne se donnant pas sans pourtant se défendre,L’accueillait sans livrer son baiser en retour ;
Et, bien que ton regard, comme un ruisseau qui sourd,Clairement épanchât l’aveu profond et tendre,La caresse tremblait, sans pouvoir en descendre,Sur ta lèvre hésitante à frémir à son tour.
Enfin, en un instant qui vint inaperçu,Bref instant d’abandon de l’âme qui s’oublie,Brusque instant de pitié pour l’amour qui supplie,
Ta lèvre à mon baiser prit part à son insu,Et d’un baiser donné fit un baiser reçu.Mais je vis dans tes yeux plus de mélancolie !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources