À l’amie perdue, 1896· I La floraison
VII. « Nos yeux seuls ont été les muets interprètes »
Nos yeux seuls ont été les muets interprètesDu sentiment caché qui naissait dans nos cœurs :Les tiens m’ont révélé tes tristesses secrètes,J’ai su tes longs combats en devinant leurs pleurs,
Et compris ta tendresse aux clartés inquiètesDont se troublaient parfois leurs rêveuses douceurs ;Et les miens t’ont redit les incertaines fêtesDont mon âme était ivre en voyant tes pâleurs.
Maintenant un amour grandissant se dérouleEntre nous, sans avoir d’autre langage qu’eux ;Quand nous nous rencontrons au milieu de la foule.
Nos regards se croisant échangent des aveux,Comme, à travers l’espace et par dessus la houle.Des phares éloignés se parlent par leurs feux.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources