À l’amie perdue, 1896· I La floraison
IX. « Nos yeux sont devenus étrangement semblables »
Nos yeux sont devenus étrangement semblables,La même expression tragique les habite,Elle a chassé des tiens, souvent méconnaissables,Leurs limpides clartés, et ma fièvre y palpite.
L’appel toujours déçu qui toujours sollicite.Les espoirs emmêlés de regrets implacables,La haine du passé que chaque instant irrite,Les ont creusés, et les désirs inexorables.
A force d’exprimer ce que notre âme endure,De suivre un même rêve en des nuits sans sommeils.Et de porter l’aveu de la même blessure
Dans des jours que n’ont point rafraîchis les réveils,Nos pauvres yeux, meurtris par la même torture,Se prennent en pitié dans des regards pareils.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources