À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XIV. « O jour par qui j’aurai vécu digne d’envie »
O jour par qui j’aurai vécu digne d’envie,Ton souvenir en moi brille comme un vitrail,Et met, dans la nef sombre et grave de ma vie,Une fleur d’améthyste et d’éclatant corail !
Lorsqu’aux moments chargés d’ennui, las de travail,La pente de chaque heure est lourdement gravie,Je me tourne vers toi, ô lumineux portail,O seuil du ciel rêvé par mon âme ravie !
Et comme un pèlerin qu’attend un long sentierA travers les plateaux balayés par la bise,Pour reprendre courage entre dans une église,
El regarde, à genoux auprès du bénitier.Les visages divins qui luisent dans le chœur,Ainsi, doux Souvenir, j’adore ta douceur.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources