À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XIII. « Un seringat fleurit dans un jardin pensif »
Un seringat fleurit dans un jardin pensifEn une allée humide au sol lépreux et dur,Auprès d’un banc verdâtre, au pied d’un ancien murDans un coin qu’assombrit encor l’ombre d’un if.
Sa fleur de cire met un rayon maladif,Une frêle pâleur en son feuillage obscur ;Et, pendant quelques jours, quand Juin luit dans l’azur,Un parfum puissant sort de l’arbuste chétif.
Mais moins cher est pour moi l’éclat incarnadinDes roses, car c’est là, sur lui, que ta main pritUne fleur arrachée en un geste soudain,
Et que ton cœur, fermé jusqu’alors, s’entr’ouvrit.C’est pourquoi je reviens dans ce pensif jardinOù près d’un banc verdâtre un seringat fleurit.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources