À l’amie perdue, 1896· I La floraison
XVIII. « Quand ton premier baiser se posa sur mon front »
Quand ton premier baiser se posa sur mon front,Un orgueil resplendit en moi, une allégressePareille au rayon pourpre, irrésistible et promptQui sur les monts soudain illuminés s’empresse,
Et, traversant d’un trait l’ombre triste, la rompt,Mon front immaculé méritait sa richesse,Et j’avais conservé pure de tout affrontLa place chère et fière où tu mis ta caresse.
Quand ton premier baiser se posa sur ma lèvre,Je ne tressaillis pas d’un transport triomphal,Mon sang ne bondit point d’impétueuse fièvre,
Je demeurai confus, humble, pâle, immobile,Car je sentis frémir, sous ce baiser royal,De mes anciens baisers la multitude vile.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources