À l’amie perdue, 1896· IV La querelle
V. « Quelquefois le travail, la taciturne étude »
Quelquefois le travail, la taciturne étude,À qui j’ai demandé l’oubli de mon chagrin,M’entraînant, par delà ma sombre inquiétude,Vers le pic lumineux et gelé du Dédain.
Je crois, en contemplant de cette solitudeToutes mes passions dans un vallon lointain,Que je puis vivre libre en cet air pur et rude,Sur ce sommet d’argent, de cristal et d’airain.
Mais comme un voyageur debout au front des cimesOù le froid étincelle en spectacles sublimesSent le sommeil fermer ses yeux endoloris,
Ainsi, sur ma hauteur glaciale et sereine,Je sens mon cœur faiblir, et bientôt je suis prisDu besoin de dormir sur une épaule humaine.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources