À l’amie perdue, 1896· IV La querelle
IV. « Te souvient-il, ô toi qui fus ma bien-aimée »
Te souvient-il, ô toi qui fus ma bien-aimée,Du chalet brun blotti sous des ormes vieillis,D’où nous apercevions, sur la plaine embrumée,Les clochers des hameaux cachés dans ses replis ?
Et revois-tu parfois la terrasse ferméeD’un chèvrefeuille en fleurs courant sur un treillis,Où, tous les soirs, assis dans une ombre embaumée,Nous regardions s’éteindre au loin les cieux pâlis ?
Et te rappelles-tu, sous ces branches fleuries,Nos propos, nos projets, nos belles rêveries,Nos longs et lents baisers, interrompus soudain
Quand la lune, passant le mur bas du jardin,Montrait sa face d’or dans notre chèvrefeuille ?O jours chers et lointains qu’un cœur blessé recueille !
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources