À l’amie perdue, 1896· IV La querelle
X. « Toujours je reverrai l’étroit sentier humide »
Toujours je reverrai l’étroit sentier humide,Entre des prés mouillés où de grands bœufs superbesPaissaient dans l’infini scintillement des herbesQui luisaient sous un ciel d’un gris sombre ou livide ;
Au fond des prés la mer, par l’orage bleuie,Reposait lourdement sous d’immenses nuages,Que des coups de soleil mêlés de coups de pluieTrouaient et déchiraient de monstrueux ravages ;
Près de nous ruisselaient des saules et des haiesDe ronces, de sureaux et de jeunes futaies,Où parfois un rayon éparpillait des flammes.
Va c’est là que de long en large nous marchâmes,Jusqu’à l’heure où le soir mit ses premières taiesSur le ciel, débattant le sort de nos deux âmes.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources