À l’amie perdue, 1896· IX L’acceptation
X. « Va ! tu triompheras, ô noble bien-aimée »
Va ! tu triompheras, ô noble bien-aimée !De cet amour sacré qui fait saigner ton âmeSort infailliblement et s’écoule un dictamePar lequel tu seras guérie et parfumée !
Tes enfants grandiront, hélas ! entre nous deux :Leur vie, ainsi qu’un mur tourné vers le soleil,Dont les bourgeons éclos font un rideau vermeil,Montera, te cachant mon destin ténébreux ;
Tu songeras, de moins en moins, que ma penséeMeurt de l’autre côté, fleur dans l’ombre blessée ;Dans ton cœur lentement tu redeviendras seule ;
Et cette floraison dont une âme d’aïeuleS’emplit aux premiers mots confus d’un petit-fils,Couvrira pour jamais tes chagrins abolis.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après À l’amie perdue, Paris, Librairie Hachette et Cie, Paris, 1920· numérisation wikisource.org· Sources