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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La France éternelle, 1918· 1914

« Le Kaiser t’a nommée, ô France, moribonde »

Pierre de Bouchaud· 44 vers

Le Kaiser t’a nommée, ô France, moribonde,Comme si ton destin n’était pas immortel,Et comme si l’azur délicat de ton cielDevait voir ta défaite à la face du monde…

Moribonde ! Toi qui bravas l’invasionDes Normands répandus, flot qui monte sans cesse,Des bords de la Gironde aux rives de Lutèce,Et dont Capet hâta la belle éclosion.

Moribonde !Toi que la Vierge de Lorraine,Aux tristes lendemains des hontes d’Azincourt,De Bourge où Charles VII, vaincu, terre sa cour,Jusqu’au sacre de Reims conduit en souveraine.

Toi qui, quand l’ennemi triomphait dans Paris,Quand les partis vidaient de hideuses querelles,Quand lés cultes rivaux ameutaient leurs fidèles,Mis la victoire aux mains du vaillant roi Henri..,

L’ère de la terreur ! La fin de Louis seize !Des rafales sans nom soudain vont te meurtrir..L’Europe dit : « Rends-toi, France, ou tu vas mourir. »Or tu surgis plus belle après quatre-vingt-treize.

Les ans passent. Tu vois tomber Napoléon.L’étranger, par deux fois, foule ta capitale ;Il te ruine, chez toi comme chez lui s’installe,Part et va te laisser sans fusil ni canon.

Mais pour te relever tu n’as pas besoin d’armes.Lamartine et Hugo forgent en mots d’airainTa louange éternelle. Et, bientôt, NavarinAux ennemis du droit donne un sujet d’alarmes.

Anvers est pris. Voici la conquête d’Alger.Peuples a qui le joug de l’oppression pèse,Sur vous Veille toujours notre race française,Pour vous défendre prête à courir au danger…

Après soixante-dix, pays, tu te recueilles.Tu replantes après le grand déboisement.En dépit des éclats du molosse allemand,A tes rejets nouveaux poussent déjà des feuilles.

Cependant, aberré par sa force, le HunPour mieux t’anéantir se prépare dans l’ombre.Il s’élance. Il prétend que ton courage sombre.Lors, te dressant d’un bond, tu frappes l’importun.

… Moribonde, ô Kaiser, la France moribonde !Vous vous étés trompé, la France ne meurt pas.Mais, seuls, ce sont les rois que guette le trépasQui proclament sa perte à la face du monde.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La France éternelle, Paris, BERNARD GRASSET, 1918· numérisation gallica.bnf.fr· Sources