La France éternelle, 1918· 1915
Les cloches brisées
O cloches de Soissons, d’Amis et de Louvain,Et vous, cloches de Reims ou cloches, de Malines,Et vous qui, des beffrois, dominez les collines,Les villages, les bourgs, la plaine ou le ravin,
Vous n’égrènerez plus de douce sonnerie,Dans les moellons épars, votre bronze en lambeauxDont la brise emportait les carillons si beaux,Sous l’obus acharné qui l’assassine, crie.
Or, là môme, où jadis, cloches, vous résonniez,Les séraphins du ciel, les ailes étendues,Viennent planer, chantant, de leurs voix éperdues,Les mômes tendres airs que vous nous bourdonniez,
Et la nuit, occupant vos asiles de pierres,Où vous vous balanciez sous le regard de Dieu,Les messagers divins murmurent, en tout lieu,Sur vos restes brisés, de ferventes prières.
Octobre.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La France éternelle, Paris, BERNARD GRASSET, 1918· numérisation gallica.bnf.fr· Sources