La France éternelle, 1918· 1916
Pour un soldat
O cher petit soldat avec lequel je cause,Inconnu que le sort a peut-être marqué,Et qui, dans le péril, reste stoïque et gai,Enfant qui simplement n’est que cœur grandiose,
Qu’âme alerte, qu’espoir actif, qu’alacrité :Tu ne peux deviner quelle douceur j’éprouve,Poux guerrier, défiant Bellone, cette louve,A me remplir les yeux de ta jeune beauté.
Mon admiration doit demeurer cachée ;Tu n’en comprendrais pas les chaleureux élans,Pacifique héros, depuis plus de deux ans,Qui fixes sans faiblir la mort sur toi penchée.
Tu vas vers l’avenir ténébreux, ignorantQue s’inscrit par tes soins, une page de gloireSur le livre, longtemps fermé, de notre Histoire,Et que notre pays, grâce à toi sera grand.
Et si dans un assaut, face au Germain, tu tombes,Tune sauras jamais, ô mon frère inconnu,Combien à t’écouter un poète s’émutEn prévoyant ta fin parmi tant d’hécatombes.
23 décembre.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après La France éternelle, Paris, BERNARD GRASSET, 1918· numérisation gallica.bnf.fr· Sources