Œuvres poétiques, 1790· Poèmes
La Superstition
UN mensonge vieillit,‖ il devient ennuyeux ;Il prend une autre forme‖ et reparaît aux yeux.Pensant le fuir, trompés‖ à sa ruse infidèle,Nous courons l’embrasser‖ sous sa forme nouvelle.Nous fuyons un prestige,‖ une vaine fureur,Non pour la vérité,‖ mais pour une autre erreur.J’aime à voir les humains,‖ ces êtres glorieuxNés pour lever la tête‖ et regarder les cieux,Dans la fange à plaisir‖ courbant ce front superbe,Marcher sur quatre pieds‖ et braire et brouter l’herbe.Que le glaive des lois‖ frappe le malfaiteur.C’est à nous de punir‖ le prophète menteur.Voulant nous abuser,‖ c’est nous seuls qu’il outrage.Arabe vagabond,‖ s’il ose, à chaque page,Enfler de contes vains‖ ses orgueilleux récits,Et frapper sur l’épaule‖ à des rois ses amis ;S’il étale partout,‖ dans sa plate éloquence,Des temps, des lieux, des mœurs‖ une absurde ignorance,Aussitôt contre lui‖ l’équitable raisonS’arme du ridicule‖ et non de la prison.Mais si l’on vient ...............avec scandaleL’immoler aux abois‖ d’une plume vénale…
Alexandre Vi
Ses enfants ! Les chrétiens‖ ne sont plus sa famille !Quoi ! l’Église de Dieu‖ n’est plus sa seule fille !…Leur naissance est un crime‖ et pour eux et pour lui.Et quels enfants encore‖ il avoue aujourd’hui !L’une, à la fois, grand Dieu !‖ sa fille et sa maîtresse !(O nom de la Pudeur !‖ ô saint nom de Lucrèce !)Tous méchants comme lui,‖ dignes de son amour.Lui seul dans l’univers‖ put leur donner le jour.Ses fils, vraiment ses fils,‖ lâche et coupable engeance,A son école impie‖ ont appris la vengeance,L’imposture, la soif‖ de l’or et des États,L’art des poisons secrets‖ et des assassinats.Sa fille, à l’impudence‖ en naissant élevée !A ses époux mourants‖ par son père enlevée !A son frère, à son père‖ indignement aimé,Son sacrilège lit‖ n’est pas même fermé.Prêtre fornicateur,‖ d’un inceste adultèreLe monstrueux mélange‖ était fait pour lui plaire.Des baisers de la fille,‖ et des crimes des fils,Ou le sceptre, ou la pourpre,‖ ou la mitre est le prix.Non, certes, l’Esprit-Saint,‖ ennemi du parjure,Ne saurait habiter‖ cette poitrine impure.Non, les anges du ciel‖ n’approchèrent jamaisCes lèvres, ni ces yeux‖ affamés de forfaits.O Christ ! agneau sans tache,‖ ô Dieu sauveur de l’homme !Non, tu ne souris point‖ sur les autels de Rome,Lorsque parmi ses fils,‖ ce pontife assassin,Que sa fille impudique‖ a tenu sur son sein,Couvrant des trois bandeaux‖ sa tête diffamée,Ouvre, pour te louer,‖ sa bouche envenimée ;Quand ses mains, de poisons‖ artisans odieux,Touchent ton corps sacré,‖ nourriture des cieux ;Quand ...........................................................................................Il tend sur les chrétiens‖ sa droite incestueuse,Et, pour bénir le peuple,‖ ose de rang en rang,Lever ses doigts souillés‖ de crimes et de sang.
… Hommes saints, hommes dieux,‖ exemples des Romains,Divin Caton, Brutus,‖ les plus grands des humains,Pensiez-vous que jamais,‖ plein d’orgueil et de gloire,Au milieu des respects‖ d’un stupide auditoire,Dans un poudreux gymnase‖ au mensonge immolé,Un rhéteur imbécile‖ et d’ignorance enflé,Sur la foi d’un sophiste‖ élève de Carthage,Dût prouver que vos cœurs‖ n’eurent qu’un vain courageEt qu’une vertu vaine,‖ et que ce prix si douxDe s’immoler pour elle‖ était vain comme vous ?Vous dévouer aux feux‖ où le crime s’expie ;Vous prodiguer les noms‖ et de lâche et d’impie,Pour n’avoir pas voulu‖ montrer à l’universAux pieds du crime heureux‖ la vertu dans les fers ?
Oui, partout invoquant‖ le sceptre ou la tiare,Partout, de l’ignorance‖ appui lâche et barbare,Partout, d’un fer absurde‖ armant ses viles mains,Partout, au nom des dieux,‖ écrasant les humains,La stupidité règne,‖ insolente, impunie,Tourmente les talents,‖ opprime le génie,Punit la vérité‖ du courageux affrontQui, sous le diadème,‖ a fait rougir son front.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 39((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiques
- Mots à la rime
- a ennuyeux / yeux masculine, classiqueb infidèle / nouvelle féminine, classiquea fureur / erreur masculine, classiqueb glorieux / cieux masculine, classiquea superbe / l’herbe féminine, classiqueb malfaiteur / menteur masculine, classiquea outrage / page féminine, classiqueb récits / amis masculine, classiquea éloquence / ignorance féminine, classiqueb raison / prison masculine, classiquea scandale / vénale féminine, classiqueb famille / fille féminine, classiquea lui / aujourd’hui masculine, classiqueb maîtresse / Lucrèce féminine, classiquea amour / jour masculine, classiqueb engeance / vengeance féminine, classiquea États / assassinats masculine, classiqueb élevée / enlevée féminine, classiquea aimé / fermé masculine, classiqueb adultère / plaire féminine, classiquea fils / prix masculine, classiqueb parjure / impure féminine, classiquea jamais / forfaits masculine, classiqueb l’homme / Rome féminine, classiquea assassin / sein masculine, classiqueb diffamée / envenimée féminine, classiquea odieux / cieux masculine, classiqueb rang / sang masculine, classiquea Romains / humains masculine, classiqueb gloire / auditoire féminine, classiquea immolé / enflé masculine, classiqueb Carthage / courage féminine, classiquea doux / vous masculine, classiqueb s’expie / d’impie féminine, classiquea l’univers / fers masculine, classiqueb tiare / barbare féminine, classiquea mains / humains masculine, classiqueb impunie / génie féminine, classiquea affront / front masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
80 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres poétiques, Alphonse Lemerre, éditeur, 1899· numérisation gallica.bnf.fr· Sources