Les Estuaires d’ombre, 1895
VIII. « Je songe à Toi. Frissons tristes dans l’ombre, l’ambre »
Je songe à Toi. Frissons tristes dans l’ombre, l’ambreFrissonne au miroir nu de nos rêves frileux,Lacs d’où n’émergeront vers les bords fabuleuxLes lourds plumages gris des cygnes de décembre.
La maison du destin est sûre où l’Autre cambreLa mauvaise douceur de son idéal : euxQu’elle étrangla muets pour les mirages bleusNe pourront pas renaître aux murs froids de ma chambre.
Et Toi, car ton blason fut d’azur vieux et d’or,N’es-tu de qui les doigts ont semé le trésorDe leurs pétales clairs à la mer aux eaux mates ?
Nuit qu’un éclair — c’est Toi ! — brûle de brusques fleurs,Quels fleuves d’oubli vert ont tû parmi les leursLes voix de nos espoirs enivrés d’aromates ?
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Estuaires d’ombre, Paris, Réveil, 1895· numérisation books.google.com· Sources