Les Vergers illusoires, 1892· II Vers les Havres aux fruits d’or
« J’ai rompu le pouvoir des mauvais sortilèges »
J’ai rompu le pouvoir des mauvais sortilèges !
J’avais erré parmi les brandes et les plainesSans ombre d’arbre et sans onde pour y boire,Par les glaciers sous l’avalanche et par d’âpres morainesVers le mirage des vergers illusoires,Et vers l’espoir aussi des caresses prochainesPareilles aux fruits doux parfumant mon désir.Mais les bras souples des femmes au corps blondMes mains ne les ont pu saisirNi mes lèvres baiser leurs chevelures ni leurs lèvres.Et je restais ce vagabondVers un songe sans but d’impossibles blandices :Nulles douceurs, nulles délicesA ces fruits dont la chairAux rivages rêvés des lacs du jardin cherMirait en mon âme la joieD’un or chanteur s’offrant en des frissons de soie.
17 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources