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un seul est le mot juste.

Les Vergers illusoires, 1892· II Vers les Havres aux fruits d’or

« Jusqu’à l’aube prochaine et les printemps promis »

André Fontainas· 52 vers

The lady sleeps ! Oh ! may her sleep,
Which is enduring, so be deep !
Heaven have her in its sacred keep !Edgar A. POE.

Jusqu’à l’aube prochaine et les printemps promisTon corps irréprochable allongé sur les mousses,Dans l’ombre et dans la paix des jardins d’algues roussesRepose en la langueur des désirs endormis.

Tandis que par l’essor de ton rêve limpideTon clair esprit s’élance au parvis d’or des cieux,Ta chair voluptueuse, fruit d’amour soyeux,Ta chair farouche et fraîche embaume l’Atlantide.

Oublie — ô pure Enfant ! ta joie et le réveilVers les jeux de ta vie et tes passions chastes ;Reste endormie en tes songes enthousiastesSi les cris rauques n’ont pu troubler ton sommeil.

Voici venus ces Barbares, horde farouche !Qu’annonçaient en tremblant les chants de tes devins ;Lourds d’orgueil, assoiffés de sang, ivres de vins,O Reine, ils souilleraient ton palais et ta couche ;

Garde-toi du réveil ! — Le combat en grondantA couché tes guerriers sur le gravier des rivesEt déjà les vainqueurs entraînent leurs captivesLes vierges qu’ils vont vendre aux rois de l’Occident.

Si tu ne veux les suivre en gémissant comme elles,Ne t’en viens plus des pays roses où tu vois,Aux baisers des Kinnors célestes et des voix,Lys glorieux, rosir les candeurs éternelles ;

Ne t’en reviens plus vivre aux vergers d’ici-bas ;Tu n’y cueillerais plus de fruits saignant aux haiesNi de fleur folle qui fleurisse aux roseraies ;Et le chœur des jeunes femmes aux nobles bras,

Parmi le vol léger du papillon qui rôdeSur leurs lèvres plus suaves que d’autres fleursEt mire aux lacs de leurs yeux tendres les couleursRiches de son manteau d’opale et d’émeraude,

Les jeunes femmes qui t’aimaient n’y viendront plusAu rhythme de leur rire en de folles cadencesT’enlacer avec les guirlandes de leurs danses !Les jours de joie enfantine sont révolus.

Les murs de ton palais s’effondrent dans les flammes ;Les guerriers grossiers qui saccagent les buissonsT’ont cherchée à travers les bois et les moissonsEn hurlant de frénétiques épithalames.

Voici qu’il n’est plus temps de combattre ou de fuir,La troupe sacrilège est proche de ton antre,Et des bandits, rampant dans l’herbe sur le ventre,Ont vu dans l’ombre ta splendeur s’épanouir.

Ils s’arrêtent devant ta beauté glorieuseÉpouvantés ! — Mais bientôt leurs doigts saisirontLes royales gerbes éparses sur ton frontEt l’or de ta chevelure mystérieuse :

Tu n’as plus rien, tu n’es plus la Reine, et tu dors.Dors, ô Reine ! à jamais en l’oubli de ton rêveEt meurs avant que tes conquérants sur la grèveAient profané la fleur vivante de ton corps !

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources