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un seul est le mot juste.

Les Vergers illusoires, 1892· II Vers les Havres aux fruits d’or

« Je fus le banneret que nul désir n’émeut »

André Fontainas· 50 vers

Je me promène seul dans l’horreur des forests
Où le funeste orfraye et le hibou se perchent.THÉOPHILE.

Je fus le banneret que nul désir n’émeut.Jadis en l’île orientaleA l’ombre de lentisques frais aux parfums de nonchaloirSur les terrasses d’un somptueux manoirDe granit rose et de marbre noir,Bardé d’or clair, gemmé d’yeux fauves par le soir,Jadis en mon île nataleJe fus le banneret que nul désir n’émeut.

Je fus le banneret lassé, que nul espoir ne tente,Ni les seins tendus dans les brumes d’autrefoisVers mes lèvres que nulle chair n’affame,Ni le fracas des gloires par quoi se proclameLe héros qu’un orgueil en ses triomphes enflamme ;Je ne courus ni vers les guerres, ni vers la femme,Qui m’appelaient avec leurs décevantes voix :Je fus le banneret lassé que nul espoir ne tente.

Je fus le banneret vieilli que nul rêve ne charme,Je fus l’éphèbe sans émoi :Un ennui lourd étouffait le rêveQue suscitaient les rumeurs, au loin, du glaiveEt les rhythmes dolents dont s’abaisse et se soulèveL’âme des vagues sur la grève :Tel émoi de l’éphèbe est mort sans naître en moi,Je fus le banneret vieilli que nul rêve ne charme.Je fus le banneret banal sans rêve et sans espoir,Que rien ne tente, que rien n’émeut, que rien ne charme.

Sans joie et sans orgueil et sans gloire,Je déniais à la pompe d’un triomphe illusoireTout faste et toute pourpre de la victoire,Et les fugaces amours auxquelles l’âme veut boire,J’en dédaignais le frêle charme :Je fus le banneret banal, sans rêve et sans espoir.

Je suis le banneret banni de son manoir natalPar l’ennui même de son sceptreEt par le rire toujours le rire d’un si pareilÉternel soleil !J’ai fui la gaîté des mers, des bois et de nos champs de méteilPour l’éternelle nuit et l’angoisse dans le sommeilAux glaçons du Nord que je hante — tel un spectre !Je suis le banneret banni de son manoir natal.

En mon âme d’ennui jamais ne s’élèveLe désir d’un désir ni le rêve d’un rêve,Et j’ai fui le soleil aux lambris du manoir,Vers le Nord en l’espoir d’y trouver quelque espoirLoin des appels de femme ou de futiles gloiresOù mordre aux fruits furtifs de vergers illusoires.En dépit de l’exil aux mirages d’espoirLoin des fêtes et des splendeurs de mon manoir,Dans mon âme d’ennui jamais ne s’élèveLe désir d’un désir ni le rêve d’un rêve !

50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources