Les Vergers illusoires, 1892· III Le retour au manoir
« L’étranger gravissait la côte où le manoir »
L’étranger gravissait la côte où le manoirDresse à l’azur clément ses massives tourellesEt son donjon carré gloussant de tourterellesDont vigilants les cris sont gardiens du manoir.
Il s’arrêta longtemps aux barreaux de la grille,Aspira les parfums suaves des jasmins,Et, l’ébranlant du soudain choc de ses deux mains,Les yeux droit au manoir, grave il franchit la grille.
Il entra par le val sinueux du jardin,Suivant le lac fleuri de nénuphars et d’herbesOù les cygnes aux cols héraldiques superbesNagent lents, gloire candide du clair jardin.
Et le long des taillis en fleurs par les alléesQue bordent les troncs des frênes et des ormeaux,Sous la mousse sur les pierres chantaient les eaux,Et des souvenirs chers surgissaient aux allées.
Tel par les vergers mûrs dont les fruits au manoirS’offraient en leurs fraîcheurs blondes et savoureuses,L’étranger parmi la paix des heures heureusesVint doucement s’étendre au perron du manoir.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources