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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Vergers illusoires, 1892· II Vers les Havres aux fruits d’or

« Mais à quoi bon des chants ? Valent-ils les cantiques »

André Fontainas· 44 vers

Mais à quoi bon des chants ? Valent-ils les cantiquesDe mes yeux éperdus à tes yeux extatiques ?Les plus beaux chants humains sont muets dans les cœurs,Les mots sonores sont impuissants ! — doux vainqueursRegards d’ambre et de feu, regards de braise ardente,Lèvres et leurs baisers en flamme débordante,Qui me brûlez dans l’âme, ô regards, ô baisers,Chevelure d’or vierge aux reflets embrasés,Blancheur marmoréenne où court comme une laveTon sang farouche, neige et brasier ! - Ton esclave,Je veux l’être à jamais, je t’aime, et je me meursA tes pieds divins dans les spasmes endormeursEt les lentes langueurs des voluptés goûtées.L’ivresse de tes chairs mates et veloutéesIllumine mes yeux, ma lèvre et mon esprit,Oh ! sois enfin à moi ! Ta beauté me fleurit,Et de jasmins lascifs tes mains sont parfumées.Je t’aime ! ― Parmi les tendresses affaméesEt ton étreinte souple, en mon âme je sensTa vie entrer en moi. Tes yeux étourdissantsM’emportent au delà des paradis d’extasesOù, parmi les rubis sanglants et les topazesQu’endort le jaune oubli des sensualités,Se dresse au bord des horizons illimités,Dans ses grilles d’orgueil, l’Enfer de nos luxures.Je t’aime ! Tes baisers, je les pressens morsuresSavantes à tes dents en feu rouges de sang,Auront l’étrangeté d’un songe éblouissantDe cruauté suave et de grêles délices.De l’Orient natal à travers les supplicesIneffablement purs par des lacs de douceurLes cygnes de ta voix si blancs dans l’épaisseurDes arômes neigeux et subtils sur leurs ailesM’entraînent vers l’espoir de tes claires prunelles.Laisse-moi reposer ma tête sur tes seins.Silence ! endormons nous sous les bleus et très saintsTriomphes des ébats touffus dont voici l’heure,La tranquille torpeur de la nuit nous effleure ;Au loin déjà d’une aube d’améthyste et d’orLe ciel profond se teinte et la lune qui dortParmi ses oreillers de nuages caresseD’un frôlement d’argent lumineux la paresseDes feuilles, et l’étang s’étoile de regards !

Mais j’ai peur : tes grands yeux nocturnes sont hagards.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources