Les Vergers illusoires, 1892· II Vers les Havres aux fruits d’or
« ‒ O toi, la fleur de sang des bizarres jardins »
‒ O toi, la fleur de sang des bizarres jardins !
Moins pure la saveur des puissantes corollesQue les ensorcelants parfums de tes paroles.
Tes larges yeux bleu-sombre ont des éclairs soudainsChargés de voluptés chaudes et de dédains.
Du satin de tes seins pétris de tubéreuses,S’exhalent des odeurs molles et savoureuses.
J’aspire, les yeux clos, l’arôme des forêtsQui s’endorment parmi tes cheveux lourds et frais.
O fière fleur des champs, calme lys des vallées !
Ta peau blanche est la fleur des blanches floraisons,Vers ta gorge d’orgueil montent mes oraisons.
Mes prunelles devant tes splendeurs dévoiléesComme par un soleil de chair sont aveuglées,
Je ne vis plus qu’en toi. Mes sens sont épuisés,Tu peux boire mon sang par l’ardeur de baisers
Ta bouche est le fruit mûr et la fleur odorante,Et je boirai la vie à ta lèvre vibrante !
18 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources