Les Vergers illusoires, 1892· I L’Appel des flots qui chantent
« Sous le diadème de perles ruisselantes »
Oui, je sais qu’au lointain de cette nuit, la Terre
Jette d’un grand éclat l’insolite mystère.téphane Mallarmé.
Sous le diadème de perles ruisselantesEt de saphirs en leurs griffes d’or,Parmi de blonds cheveux qui se déroulent et ondulentSur son col pâle et ses épaules lentesEn un manteau de pourpre où le brocart exulte,
La princesse des Jeux et des Joies du manoir.
Et dans la joie et le tumulte,Fleuves d’éclairs de flamme et d’or,La torche en pourpre riche exulteDans la nuit ruisselle et se tord.
La princesse de la Joie en le manoirLève en aubes d’améthystesSes regards attendris et plus tristesQue les crépuscules sur l’eau lunaire des lacs,Et de ses lèvres où le vain sourire persiste
Elle jette un appel dans les brumes du soir.Malgré les présages sinistres,Par les cours et par le manoirLes fifres, les tambours, les sistresMènent les danses dans le soir.
Roi ! nos fêtes à présent pareilles à des deuils,Nos fêtes, tu les désertes !Tu t’exiles de nos bras et tu fuis nos caresses,En vain autour de toi nos caresses s’empressent,Tu as fui ! tu as fui !Et j’élève dans la nuitL’appel de mes sanglots et de mes cris,Mais nos fêtes resteront désertesEt semblables à des deuils !Mes doigts ne joueront plus avec les boucles blondesDe ta chevelure de velours ;Je n’enlacerai plus ton cou de mes bras lourdsD’une désireuse étreinteQue chargent les pierreries de bracelets d’orgueil !
Les farandoles et les rondesEt les chansons folles d’orgueilSe gonflent en soudaines ondesPar les salles et sur le seuil.Tu ne reviendras plus des terres ignorées,O roi sans sceptre désormais !L’insouci où tu t’endormaisA lassé l’orgueil de tes jeunes années,Et tu franchis les seuils d’aventures et de mystèresOù des monstres accroupisEt des chimères et des licornes sans répitLanceront de la flamme en ton sentier solitaire !Et tu n’auras plus mes bras pour t’endormirNi mes lèvres où puiser l’insouciDe la vie et des périls de l’espoir ennemi.
Oh ! reviens, sans qu’il soit trop tard ! Viens dans le soirVers les fêtes et vers les jeux de ton manoir,Et les danses et la PrincesseQui te berça des caresses de sa tendresseEt des refrains de sa douceur.Reviens où ta couronne et ton sceptreEt le souvenir des ancêtresTe créèrent le facile oubli des aventures follesEn les bras et les baisers d’une princesse ta sœur !
58 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Vergers illusoires, Paris, Librairie de l’art indépendant, 1892· numérisation books.google.com· Sources