Le Cœur Solitaire, 1895· III Fenêtres sur la vie
XVIII. « Du seuil de sa prison charnelle, l’âme écoute »
Du seuil de sa prison‖ charnelle, l’âme écouteVenir le soir ; porteur‖ d’un message angéliqueIl chemine vers elle‖ et l’enveloppe touteDe parfums, de tendresse,‖ et d’ombre et de musique.
L’âme, attentive au pas‖ du visiteur nocturne,A dépouillé ses vieux‖ désirs comme des feuilles ;Et, docile au divin‖ semeur, elle recueilleLa cendre et le sommeil‖ qu’il puise dans son urne.
Le soir silencieux‖ souffle à souffle s’écoule.Son amoureux émoi‖ ferme les jeunes rosesEt berce, d’un baiser‖ furtif qu’à peine il pose,La langueur des ramiers‖ qui longuement roucoulent.
Le soir mêle les voix‖ claires aux robes blanches ;Il fait rire d’échos‖ en échos les collines.Le soir d’or se suspend‖ à l’âme qu’il inclineComme le fruit trop lourd‖ fait se ployer la branche ;
Il attriste l’adieu‖ du soleil sur les tuiles,Et sa grave rumeur‖ recueille au bord des routesLa limpide chanson‖ qui tinte, goutte à goutte,Des lèvres sur la chair‖ et de l’eau sur l’argile.
Le soir souple s’enroule‖ au rouet des servantes,Et l’aïeule aux cheveux‖ d’hiver, aux mains d’automne,Remplit sa cruche au puits‖ d’argent clair qui frissonneEt sa prunelle obscure‖ aux étoiles naissantes.
Ô soir d’amour, soir de‖ bonté, qui pacifiesLes visages amers‖ et durs des misérables,Soir divin dont le simple‖ angelus ineffableTerrasse les genoux‖ d’orgueil devant la vie,
Arrête la clarté‖ de tes mondes en marcheSur le front des porteurs‖ de lyres et des sages,Dont les rêves profonds‖ s’ouvrent comme des archesAu-dessus du funèbre‖ et sourd fleuve des âges
Où notre nef d’exil‖ s’engouffre à toutes voiles ;Tandis que Dieu, pensif,‖ d’un invisible geste,Versera pour leur soif‖ dans la cuve célesteLes fruits de l’âme humaine‖ et des grappes d’étoiles.
Versification
- Forme
- 9 quatrains (strophes variées)
- Rimes
- 2(abab) 7(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6−6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a écoute / toute féminine, classiqueb angélique / musique féminine, classiquea nocturne / urne féminine, classiqueb feuilles / recueille féminine, non classiquea s’écoule / roucoulent féminine, non classiqueb roses / pose féminine, non classiquea blanches / branche féminine, non classiqueb collines / incline féminine, non classiquea tuiles / l’argile féminine, non classiqueb routes / goutte féminine, non classiquea servantes / naissantes féminine, classiqueb d’automne / frissonne féminine, classiquea pacifies / vie féminine, non classiqueb misérables / ineffable féminine, non classiquea marche / arches féminine, non classiqueb sages / âges féminine, classiquea voiles / d’étoiles féminine, classiqueb geste / céleste féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.1· écart moyen à la rime classique 2.8
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Le Cœur Solitaire, Paris, LES ÉDITIONS G. GRÈS ET Cie, 1922· numérisation poesies.net· Sources