Œuvres diverses I, 1658‑1694· Traductions en vers
II. Divers passages de poëtes anciens
CITÉS PAR SÉNÈQUE DANS SES EPÎTRES
Traduction des passages tirés de Virgile
C'est un dieu, Mélibée,‖ à qui nous devons tousLe bonheur de la paix‖ et d'un repos si doux.Je le tiendrai toujours pour un dieu....C'est lui qui me permet‖ de mener dans nos plaines,Ces bœufs, et ces troupeaux,‖ ces moutons porte-laines :C'est par lui que je joue,‖ au pied de cet ormeau,Les chansons qu'il me plaît‖ dessus mon chalumeau.
Considérez du sol‖ la nature secrète,Ce qu'une terre veut,‖ ce qu'une autre rejette ;Ce fonds est propre au blé,‖ cette côte au raisin ;L'herbe profite ici ;‖ là le mil et le lin ;Les arbres et les fruits‖ croissent ailleurs sans peine ;En ces lieux le safran‖ du mont Tmole s'amène ;On doit l'ivoire à l'Inde,‖ aux Sabéens l'encens,Aux Calybes le fer.
La plus belle saison‖ fuit toujours la première ;Puis la foule des maux‖ amène le chagrin,Puis la triste vieillesse ;‖ et puis l'heure dernièreAu malheur des mortels‖ met la dernière main.
Un homme étoit tenu‖ pour injuste et méchant,S'il plantoit une borne‖ ou divisoit un champ.Les biens étoient communs,‖ et la terre fécondeDonnoit tout à foison‖ dans l'enfance du monde.
Un coursier généreux,‖ bien fait, d'illustre race,Des fleuves menaçants‖ tente l'onde, et la passe :Il craint peu les dangers,‖ et moins encor le bruit ;Aime à faire un passage‖ à quiconque le suit ;Va partout le premier,‖ encourage la troupe :Il a tête de cerf,‖ larges flancs, large croupe,Crins longs, corps en bon point.‖ La trompette lui plaîtImpatient du frein,‖ inquiet, sans arrêt,L'oreille lui roidit,‖ il bat du pied la terre,Ronfle, et ne semble plus‖ respirer que la guerre.
O mille fois heureuxLe sort de ces Troyens‖ hardis et généreux,Qui, défendant les murs‖ de leur chère patrie,Aux yeux de leurs parents‖ immolèrent leur vie !
Auprès du mont Alburne,‖ et du bois de Siler,On voit par escadrons‖ un insecte voler :Il est craint des troupeaux ;‖ au seul bruit de son aileIls semblent agités‖ d'une fureur nouvelle :Tout s'enfuit aux forêts‖ sans prendre aucun repos.Le nom de cet insecte‖ est, chez les Grecs, astros,Asilus parmi nous.
Comment t'appellerai-je‖ en te rendant hommage,Princesse ? car ton port,‖ ta voix, et ton visage,N'ont rien qui ne paroisse‖ au-dessus des humains ;Mais quelle que tu sois,‖ soulage nos chagrins !
Moi qui n'étois ému‖ ni des armes lancées,Ni des Grecs m'entourant‖ de phalanges pressées,Je tremble maintenant,‖ et crains, au moindre bruit,Pour celui que je porte,‖ et celle qui me suit.
Son visage est de femme,‖ et jusqu'à la ceintureElle en a les beautés‖ et toute la figure :Le reste, plein d'écaille‖, est d'un monstre marin :Elle a ventre de loup,‖ et finit en dauphin.
O vierge, je suis fait‖ dès longtemps aux travaux :Je n'en trouverai point‖ les visages nouveaux :Je me suis des malheurs‖ une image tracée ;Et je les ai déjà‖ vaincus par ma pensée.
Les chevaux sont couverts‖ de housses d'écarlate,Où l'or semé de fleurs‖ et de perles éclate ;Ils ont des colliers d'or‖ sous la gorge pendants,Et des mors d'or massif‖ qui sonnent sous leurs dents.
Couple heureux ! si mes vers‖ sont des ans respectés,Vos noms ne mourront point‖ par ma muse chantés :Je les ferai durer‖ tant que la destinéeRendra Rome soumise‖ aux descendants d'Énée,Tant que ceux de son sang,‖ par leurs honneurs divers,Régneront sur ces murs,‖ ces murs sur l'univers.
Traduction des passages de divers poëtes
Tantôt deux cents valets‖ paroissent à sa suite,Puis à dix seulement‖ on la trouve réduite :Il ne parle tantôt‖ que de grands et de rois ;En termes relevés‖ il compte leurs exploits ;Puis changeant tout d'un coup‖ de style et de matière :Je ne veux rien, dit-il,‖ qu'une simple salière,Une table à trois pieds,‖ du bureau seulement,Pour me parer du froid,‖ sans aucun ornement.A ce bon ménager,‖ si modeste en paroles,Donnez, si vous voulez,‖ un plein sac de pistoles ;Vous serez étonné,‖ l'oyant ainsi prêcher,Qu'il n'aura pas la maille‖ avant que se coucher.
Pour éteindre la soif‖ quand elle est bien ardente,Demandons-nous à boire‖ en un vase de prix ?Et pour rassasier‖ la faim qui nous tourmente,Faut-il n'avoir recours‖ qu'aux mets les plus exquis ?
Entre deux rangs de fils‖ sur le métier tendus,La navette en courant‖ entrelace la trame,Puis le peigne aussitôt‖ en serre les tissus.
J'examine d'abord‖ les dieux, les éléments :Combien grands sont les deux,‖ quels sont leurs mouvements ;D'où la nature fait‖ et nourrit toutes choses ;Leur fin, et leur retour,‖ et leurs métamorphoses.
Aux plus grands maux‖ l'oubli sert de remède.Soyez hardi,‖ la fortune vous aide.Au paresseux‖ tout fait de l'embarras.Qu'on me rende manchot,‖ cul-de-jatte, impotent,Qu'on ne me laisse aucune dent,Je me consolerai,‖ c'est assez que de vivre.
Père de l'univers',‖ dominateur des cieux,Mène-moi, je te suis,‖ à toute heure, en tous lieux.Rien ne peut arrêter‖ ta volonté fatale ;Que l'on résiste ou non,‖ ta puissance est égale ;Tu te fais obéir‖ ou de force ou de gré ;Les âmes des mutins‖ te suivent enchaînées.Que sert-il de lutter‖ contre les destinées ?Le sage en est conduit,‖ le rebelle entraîné.
Le jour doroit déjà‖ le sommet des montagnes,Déjà les premiers traits‖ échauffoient les campagnes ;L'hirondelle, cherchant‖ pâture à ses petits,Sortoit, rentrait au nid,‖ attentive à leurs cris.Les bergers ont enfin‖ enfermé leurs troupeaux,La nuit couvre la terre,‖ et s'épand sur les eaux.
Que je passe pour fourbe,‖ homme injuste, et sans, foi,Je m'en soucierai peu,‖ tant que j'aurai de quoi.Citoyens, c'est l'or seul‖ qui met le prix aux hommes.Accumulez sans fin,‖ mettez sommes sur sommes,Vous serez honorés.‖ On dit : a-t-il du bien ?L'on ne demande pas‖ d'où, ni par quel moyen.Il n'est point d'infamie‖ à l'indigence égale :Arrivons, s'il se peut,‖ à notre heure fatale,Étendus sur la pourpre,‖ et non dans un grabat :Toute vie est cruelle en ce dernier état.L'opulence adoucit‖ la mort la plus terrible.Qu'aux nœuds du parentage‖ un autre soit sensible,Pour moi, j'enferme tout‖ au fond de mon trésor.Si les yeux de Vénus‖ brillent autant que l'or,Je ne m'étonne pas‖ qu'on la dise si belle,Que tout lui sacrifie,‖ et soupire pour elle,Qu'ainsi que les mortels‖ les dieux soient ses amants.
Je puiserai pour vous‖ chez les vieux écrivains,Écoutez seulement‖ leurs préceptes divins :Soyez-leur attentif,‖ même aux choses légères :Rien chez eux n'est léger.
Nous ne nous devons point‖ l'effet de nos souhaits.Ne comptons point à nous‖ les présents du hasard.On peut ravir le bien‖ que l'on a pu donner.Je ne trouve d'heureux‖ que ceux qui pensent l'être.
J'ai parcouru les ans‖ marqués par mes destins.
Soyez digne des dieux,‖ par le mépris de l'or.
Nous mourons tous les jours,‖ mais on n'appelle mort,Que celle enfin qui vient‖ terminer notre sort.
La prêtresse :
Elle s'agite et cherche‖ à se voir délivréeDe la divinité‖ qui chez elle est entrée.
Le pauvre seulement‖ doit compter son troupeau.
Combien de gens armés‖ courent sur les remparts,Et combien à la porte‖ on voit briller de dards !
La nuit avoit partout‖ répandu ses pavotsEt donnoit aux humains‖ un paisible repos.
Car vous savez‖ que cette nuit dernièreEn faux plaisirs‖ se passa tout entière.
Il voudrait rencontrer‖ un sanglier, un lion.
La beauté rend toujours‖ la vertu plus aimable.
Le village, les champs‖ et les villes reculent.
Ce cap :
Où Pallas, sur un roc‖ toujours battu des vents,Va voir de loin les mers....
Croyez-vous qu'une voix,‖ à prier obstinée,Change l'ordre des dieux‖ et de la destinée ?
Endurons tous ces maux ;‖ peut-être, à l'avenir,Nous sera-t-il bien doux‖ de nous en souvenir !
Je commande à la Grèce,‖ et Pélops m'a donnéTout ce vaste pays,‖ de mer environné,Qui va de l'Hellespont‖ à l'isthme de Corinthe.
Arrête, Ménélas,‖ ou ce bras comme un foudre,Tombant dessus ton corps,‖ le va réduire en poudre.
C'est à ce coup‖ qu'il faut être sans peurEt faire voir‖ de la force et du cœur.
Cerbère :
Couché parmi des os,‖ en des cavernes sombres,Par d'éternels abois‖ épouvante les ombres.
Ne cède point aux maux ;‖ va contre eux, ne crains rien,Suis ton sort en tous lieux :‖ il te conduira bien.
Les abeilles :
Elles sucent le miel,‖ volant de fleur en fleur,Et mettent par rayons‖ cette douce liqueur.
Cette amazone :
Eût couru sur les eaux,‖ couru sur les moissons,Sans plier les épis‖ ni mouiller les talons.
Cet arbre :
Dont l'ombre est réservée‖ aux arrière-neveux.
Il faut semer en mars‖ la fève et le sainfoin :Si vous voulez du mil,‖ prenez le même soin.
Où Saturne commence‖ et finit sa carrière ;Quels tours Mercure fait‖ en sa course légère.
Observe le coucher‖ (du soleil), pour n'être point séduitPar la sérénité‖ d'une trompeuse nuit.
Il suffit de toucher‖ les principes des choses.
On fendoit autrefois‖ le bois avec des coins.
Ce fut par l’invention des sages
Qu'on commença d'user‖ de piéges et de rets,Et de placer des chiens‖ sur le bord des forêts.
Qui dans le fond du cœur‖ a la vertu présente.
Ou qu'on donne ce corps‖ en proie aux chiens de mer.
Sans souci du tombeau,‖ je sais que la NatureAux corps abandonnés‖ donne la sépulture.Maintenant, pour chasser‖ le mal qui nous oppresse,Il nous faut employer‖ la force avec l'adresse.
Je suis homme et ne tiens‖ rien d'humain hors de moi.
On voit dans ses regards‖ une brillante ardeur,Et dans ses mouvements‖ la fierté de son cœur.
Et puis allez planter‖ la vigne et l'olivier.
Est-ce un si grand malheur,‖ que de perdre la vie ?
La vertu du héros,‖ sa naissance et sa gloire,Se viennent présenter‖ souvent à la mémoire.
Que vous servira
D'avoir, dans le combat,‖ écarté seul la presseEt renversé toute la Grèce ?
Le travail et la mort‖ sont terribles à voir.
Le fier Agamemnon,‖ Priam le sourcilleux,Et le vaillant Achille‖ ennemi de tous deux.
Le corps seul peut toucher‖ et peut être touché.
Où demeure le deuil,‖ le souci, la tristesse,La mourante langueur‖ et la froide vieillesse.
S'il manque à l'indigent,‖ l'avare se plaint tout.
Qui sait vivre de peu‖ n'a disette de rien.
Le temps fuit et jamais‖ ne se peut rappeler.
La plus belle saison‖ fuit toujours la première.
Puis vient la maladie‖ et la triste vieillesse.
Scipion l’Africain :
A qui jamais‖ l'ami, ni l'ennemi,N'a pu payer‖ le bienfait qu'à demi.
Sur lui tonne du ciel‖ la grande et vaste porte.
Si quelqu'un peut entrer‖ dans le conseil des dieux,La vaste porte des cieuxA moi seul s'ouvrira....
Je chante un Héros et la guerre.
Les lois n'ont de pouvoir,‖ qu'autant que le roi vit.
Le palais du Soleil, porté sur cent colonnes,Étoit tout brillant d'or....
Il (son char) avoit l'essieu d'or‖ et le timon aussi ;Les rais étoient d'argent....
Versification
- Mètre
- Alexandrins surtout (202 de 12, 9 de 10, 2 de 8, 1 de 6, 1 de 7)· profil 8, 4+6, 6+6
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225 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources