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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres diverses I, 1658‑1694· Odes

ODE V. Paraphrase du psaume Xvii

Diligam te, Domine

Jean de La Fontaine· 16 dizains, octosyllabes et alexandrins, 160 vers

Où sont ces troupes animées ?Où sont-ils, ces fiers ennemis ?Je les ai vaincus et soumis :Gloire en soit au Dieu des armées !Par lui je me vois triomphant ;Il me protége, il me défend :Je n'ai qu'à l'invoquer,‖ comme il n'a qu'à m'entendre.Que de l'aimer toujours‖ louable est le dessein !Quelle place en mon cœur‖ ne doit-il point prétendre,Après m'avoir offert‖ un asile en son sein ?

De leur triste et sombre demeureLes démons, esprits malheureux,Venoient d'un poison dangereuxMenacer mes jours à toute heure.Ils entroient jusqu'en mes sujets,Jusqu'en mon fils, dont les projetsMe font encor frémir‖ de leur cruelle envie ;Jusqu'en moi-même enfin,‖ par un secret effort ;Et mon esprit, troublé‖ des horreurs de ma vie,M'a plus causé de maux‖ que l'enfer ni la mort.

Les méchants, enflés de leurs ligues,Contre moi couroient irrités,Comme torrents précipitésDont les eaux emportent les digues ;Lorsque Dieu, touché de mes pleurs,De mes soupirs, de mes douleurs,Arrêta cette troupe‖ à me perdre obstinée.Ma prière parvint‖ aux temples étoilés,Parut devant sa face,‖ et fut entérinéeD'un mot qui fit trembler‖ les citoyens ailés.

Tout frémit : sa voix, qui balanceLes rochers sur leurs fondements,Alla troubler des monumentsLe profond et morne silence.Que d'éclairs, sortant de ses yeux,Et sur la terre et dans les cieuxFirent étinceler‖ le feu de sa colère !Que son front en brilloit !‖ qu'il en fut allumé !Et qu'avecque raison‖ l'un et l'autre hémisphèreCraignit devant les temps‖ d'en être consumé !

N'approche pas ; car notre vueNe peut souffrir tant de rayons :Sans te voir, Seigneur, nous croyonsQue ta présence en est pourvue.Quoi ! tu viens pour tes alliés !Les cieux s'abaissent sous tes pieds ;Les vents, les chérubins,‖ te portent sur leurs ailesEt ce nuage épais‖ qui couvre ta grandeurVeut rendre supportable‖ à nos foibles prunellesDe ton trône enflammé‖ l'éclatante splendeur.

Tel, tu trompas la gent noircieDont le Nil arrose les champs,Quand la foule de ces méchantsFut par les vagues éclaircie ;Tel, ton courroux suivi d'éclairsFondit sur eux du haut des airs,Envoya dans leur camp‖ la terreur et la foudre,Frappa leur appareil‖ d'orages redoublés,Le brisa comme verre,‖ et fit mordre la poudreAux tyrans d'Israël‖ sous leurs chars accablés.

Que les tiens ont de priviléges !La mer fit rempart aux Hébreux,Noyant les peuples ténébreuxDe l'ost aux têtes sacriléges.On vit et furent découvertsLes fondements de l'univers,Du liquide élément‖ les canaux et les sources,Le centre de la terre ;‖ et l'enfer, obligéD'abandonner ces chars‖ à leurs aveugles courses,Dans ses murs de métal‖ craignit d'être assiégé.

Ainsi les torrents de l'envieCroyoient m'arrêter en chemin,Quand tu m'as conduit par la mainEn des lieux plus sûrs pour ma vie.Ainsi montroient leurs cœurs félonsLes Saüls et les Absalons,Quand tu les as soumis‖ à celui qui t'adore,Qui pèche quelquefois,‖ mais se repent toujours,Et qui, pour te louer,‖ n'attend pas que l'auroreSe lève par ton ordre,‖ et commence les jours.

Oui, Seigneur, ta bonté divineEst toujours présente à mes yeux,Soit que la nuit couvre les cieux,Soit que le jour nous illumine :Je ne sens d'amour que pour toi ;Je crains ton nom, je suis ta loi,Ta loi pure et contraire‖ aux lois des infidèles :Je fuis des voluptés‖ le charme décevant,M'éloigne des méchants,‖ prends les bons pour modèles.Sachant qu'on devient tel‖ que ceux qu'on voit souvent.

Non que je veuille en tirer gloire.Par toi l'humble acquiert du renom,Et peut des temps et de ton nomPénétrer l'ombre la plus noire.A leurs erreurs par toi rendus,Sages et forts sont confondus,S'ils n'ont mis à tes pieds‖ leur force et leur sagesse.Ce que j'en puis avoir,‖ je le sais rapporterAu don que m'en a fait‖ ton immense largesse,Par qui je vois le mal‖ et peux lui résister.

Par toi je vaincrai des obstaclesDont d'autres rois sont arrêtés ;Plus tard offerts que surmontés,Ils me seront jeux et spectacles.Par toi j'ai déjà des mutins,Dont les cœurs étaient si hautains,Évité comme un cerf‖ les dents pleines d'envie ;Puis, retournant sur eux,‖ frappé d'un bras d'airainCeux qui, d'un œil cruel‖ envisageant ma vie,Voyoient d'un œil jaloux‖ mon pouvoir souverain.

Qu'ils soient jaloux, il ne m'importe :D'entre leurs piéges échappé,J'ai des rebelles dissipéL'union peu juste et peu forte.Par mon bras vaincus et réduits,Un Dieu vengeur les a conduitsAux châtiments gardés‖ pour les têtes impies :Leurs desseins tôt conçus‖ se sont tôt avortés ;Et n'ont beaucoup duré‖ leurs sacriléges viesAprès les vains projets‖ qu'ils avoient concertés.

Cette hydre aux têtes renaissantes,Prête à mourir de son poison,A vers le ciel hors de raisonPoussé des clameurs impuissantes ;Ni Bélial, ni ses suppôts,N'ont su l'assurer du repos.Aussi n'est-il de dieu‖ que le Dieu que j'adore,Que le Dieu qui commande‖ à l'une et l'autre gent,Depuis les peuples noirs,‖ jusqu'à ceux que l'aurore,Éveille les derniers‖ par son cours diligent.

C'est lui qui par des soins propicesAu combat enseigne mes mains,Qui pour mes pieds fait des cheminsSur le penchant des précipices ;C'est lui qui comble avec honneurMes jours de gloire et de bonheur,Mon âme de vertus,‖ mon esprit de lumières ;Il me dicte ses lois,‖ me les fait observer :Jusqu'aux derniers secrets‖ de leurs beautés premièresSes oracles divins‖ ont daigné m'élever.

Dès qu'il m'aura prêté sa foudre,Les méchants pour lui sans respectS'écarteront à mon aspect,Comme au vent s'écarte la poudre.Pour fuir ils n'auront qu'à me voir :Déjà mon nom et mon pouvoirSont connus des voisins‖ du Gange et de l'Euphrate ;Israël, redouté‖ de cent peuples divers.Me craint et m'obéit ;‖ et, sans que l'on me flatte,On me peut appeler‖ le chef de l'univers.

Rendons-en des grâces publiquesAu Dieu jaloux de son renom ;Faisons en l'honneur de son nomRetentir l'air par nos cantiques :Que ses bienfaits soient étalés.Peuples voisins et reculés,Jusqu'aux voûtes du ciel‖ portez-en les nouvelles ;Dites qu'il est un Dieu‖ qui répond à mes vœuxEt que, m'ayant comblé‖ de grâces immortelles,Il en réserve encor‖ pour nos derniers neveux.

Versification

Forme
16 dizains (dizains)
Rimes
16(abbaccdede)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (96 de 8, 64 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
16 dizains
Mots à la rime
a animées / armées féminine, classiqueb ennemis / soumis masculine, classiquec triomphant / défend masculine, classiqued m'entendre / prétendre féminine, classiquee dessein / sein masculine, classiquea demeure / heure féminine, classiqueb malheureux / dangereux masculine, classiquec sujets / projets masculine, classiqued envie / vie féminine, classiquee effort / mort masculine, classiquea ligues / digues féminine, classiqueb irrités / précipités masculine, classiquec pleurs / douleurs masculine, classiqued obstinée / entérinée féminine, classiquee étoilés / ailés masculine, classiquea balance / silence féminine, classiqueb fondements / monuments masculine, classiquec yeux / cieux masculine, classiqued colère / hémisphère féminine, classiquee allumé / consumé masculine, classiquea vue / pourvue féminine, classiqueb rayons / croyons masculine, classiquec alliés / pieds masculine, classiqued ailes / prunelles féminine, classiquee grandeur / splendeur masculine, classiquea noircie / éclaircie féminine, classiqueb champs / méchants masculine, classiquec d'éclairs / airs masculine, classiqued foudre / poudre féminine, classiquee redoublés / accablés masculine, classiquea priviléges / sacriléges féminine, classiqueb Hébreux / ténébreux masculine, classiquec découverts / l'univers masculine, classiqued sources / courses féminine, classiquee obligé / assiégé masculine, classiquea l'envie / vie féminine, classiqueb chemin / main masculine, classiquec félons / Absalons masculine, classiqued t'adore / l'aurore féminine, classiquee toujours / jours masculine, classiquea divine / illumine féminine, classiquec toi / loi masculine, classiqued infidèles / modèles féminine, classiquee décevant / souvent masculine, classiquea gloire / noire féminine, classiqueb renom / nom masculine, classiquec rendus / confondus masculine, classiqued sagesse / largesse féminine, classiquee rapporter / résister masculine, classiquea obstacles / spectacles féminine, classiqueb arrêtés / surmontés masculine, classiquec mutins / hautains masculine, classiqued d'envie / vie féminine, classiquee d'airain / souverain masculine, classiquea m'importe / forte féminine, classiqueb échappé / dissipé masculine, classiquec réduits / conduits masculine, classiqued impies / vies féminine, classiquee avortés / concertés masculine, classiquea renaissantes / impuissantes féminine, classiqueb poison / raison masculine, classiquec suppôts / repos masculine, classiqued j'adore / l'aurore féminine, classiquee gent / diligent masculine, classiquea propices / précipices féminine, classiqueb mains / chemins masculine, classiquec honneur / bonheur masculine, classiqued lumières / premières féminine, classiquee observer / m'élever masculine, classiqueb respect / aspect masculine, classiquec voir / pouvoir masculine, classiqued l'Euphrate / flatte féminine, classiquee divers / l'univers masculine, classiquea publiques / cantiques féminine, classiquec étalés / reculés masculine, classiqued nouvelles / immortelles féminine, classiquee vœux / neveux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

160 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes, Paris, GARNIER FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources